EA 1341 – Mondes germaniques et nord-européens

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Axes de recherche

Projet scientifique de l’UR 1341 Mondes germaniques et nord-européens pour le contrat quadriennal 2018-2022

  • Axe 1. L’espace public des pays germanophones et l’espace public européen
  • Axe 2. Mondes germaniques et espaces extra-européens
  • Axe 3. Interférences culturelles et réceptions mutuelles en Europe du nord
  • Axe 4. Configuration et reconfigurations du partage entre nature et culture depuis le XVIIIème siècle

AXE 1 : L’espace public des pays germanophones et l’espace public européen

Responsables : Pascal Fagot (PR) et Emmanuel Béhague (PR)

L’année 2015 et ce début d’année 2016 — les prochaines années confirmeront vraisemblablement cette évolution — démontrent que l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse occupent une place toujours plus importante dans l’espace public européen, où elles figurent autant comme sujets que comme objets de discours de toutes natures. À partir de cette constatation, en continuation de la réflexion entamée lors du précédent contrat quinquennal, et pour aider à comprendre la façon dont les pays germanophones participent de la vie intellectuelle, politique, culturelle,artistique, sociologique ou économique de l’Union européenne, notre axe se fixe pour objectif d’étudier les espaces publics de ces pays dans leurs interactions avec l’espace public européen.
Pour Habermas, l’espace public se serait constitué contre l’État dans l’objectif d’en contrôler le pouvoir politique. Par cette définition, il l’installe dans un territoire donné et, de fait, comme l’explique Jörg Requate, l’espace public a le plus souvent été perçu et étudié dans les frontières des États, et c’est avec l’écriture d’une constitution européenne donnant à l’Union européenne le statut d’un quasi-État que l’on a commencé à sérieusement s’interroger sur l’existence d’un espace public européen.
Dans son ouvrage intitulé La fin des territoires, Bertrand Badie constate par ailleurs un phénomène de « déterritorialisation » sous l’effet duquel le monde serait en train de se réorganiser par-delà les frontières des États existants ; il s’opèrerait un « décloisonnement consensuel de l’ordre mondial et […] ce qui peut être une redéfinition « à froid » de la fonction des bornages et des frontières »1 ; un monde de réseaux serait en gestation qui ne coïnciderait pas nécessairement avec les frontières des États, mais qui recouvrerait « tout un ensemble de relations sociales récurrentes qui se créent entre des individus et des groupes au-delà des contrôles institutionnels auxquels ils sont exposés »2.
Cette idée d’une déterritorialisation du monde nous invite à nous interroger sur le lien existant entre territoire et espace public, que nous définissons comme espace ouvert de communication (Kommunikationsraum) et de production de discours, de débats et de controverses, ou « espace discursif ». L’espace public peut-il encore être conçu comme un tout homogène propre à un territoire ou bien doit-il être pensé comme un ensemble de segments
(Teilöffentlichkeiten) discursifs autonomes qui ne seraient pas cernés par des frontières étatiques mais qui s’organiseraient par exemple autour de champs thématiques ou à partir de paradigmes linguistiques (ex : pays germanophones), formels ou techniques ? Nancy Fraser nomme « arènes publiques » ou encore « arènes discursives » ces endroits mobiles de communication qui se donnent en propre leurs règles et leurs échelles (région, État, Europe, monde…).
Pour affronter la « complexité » (Edgar Morin) de cette problématique, et à partir de nos compétences disciplinaires et linguistiques, nous organiserons notre axe en deux sous-axes proposant deux approches méthodologiques différentes et complémentaires.

Membres titulaires participant à l’axe A : Pascal Fagot (PR), Emmanuel Béhague (MCF HDR), Gilles Buscot (MCF),
François Danckaert (MCF, Université de Haute Alsace), Pierre Deshusses (MCF), Christian Jacques (MCF), Andreas
Häcker (docteur, PRAG), Nadine Willmann (docteure, PRAG, Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg).

Membres associés : Aline Vennemann (Docteure, Professeur agrégée)

1 Bertrand Badie, La fin des territoires, Paris, CNRS édition, 2013, p.115.
2 Ibid., p. 135.

AXE 2 : Mondes germaniques et espaces extra-européens

Responsable : Christine Maillard (PR)

Cet axe, qui se situe dans le prolongement d’une partie des recherches conduites au cours du contrat précédent, accueille des travaux sur les relations de l’espace germanique avec les cultures extra-européennes, et plus particulièrement celles des « Orients » – ce terme étant soumis à une analyse critique -, en prenant en compte les périodes de la fin du XVIIIème siècle au XXIème siècle. Il s’agit là de l’une des spécialités pour lesquelles l’unité de recherche a acquis une expertise reconnue au cours des dernières années, tout en constituant un réseau important de partenariats nationaux et internationaux significatifs, parmi lesquels : ENS Paris (Sarga Moussa, Laetitia Zecchini), Université de Bourgogne (Guillaume Bridet), Universität Wuppertal (Ursula Kocher), Universität Bielefeld (Hamid Tafazoli), Universität Freiburg i. Br. (Sylvia Paletschek), University of Isfahan, University of Chiraz (Alireza
Anushiravani), Jawaharlal Nehru University New Delhi (Rekha Rajan)….
Les collègues associés à cet axe seront : Philippe Alexandre (PR), Aurélie Choné (MCF HDR), Christine Maillard (PR, responsable de l’axe), Catherine Repussard (MCF HDR), Christophe Balcon (professeur agrégé, membre associé, projet HDR). Les travaux de l’axe sont ouverts à tout collègue de l’unité dont les recherches peuvent constituer un apport, même ponctuel, aux thématiques considérées. La participation de Philippe Alexandre, rattaché à l’UR 1341 en tant que membre titulaire pour le prochain contrat permettra d’élargir les corpus, notamment aux médias et à la culture visuelle, et de renforcer l’approche historienne des relations entre l’espace germanique et les « Orients ».
Les travaux font également appel à des collègues spécialistes des divers domaines de l’orientalisme et notamment au Département « Islamwissenschaft » de l’Albert-Ludwigs-Universität Freiburg (Prof. T. Epkenhans), ainsi qu’à certains collègues membres du Groupe d’Etudes orientales (UR 1340) de l’Université de Strasbourg.

Corpus : récits de voyage, oeuvre de littérature et de sciences humaines, essais, médias et en particulier organes de presse ; supports de la culture visuelle ;

Approches privilégiées : études sur la constitution interculturelle – et anti-eurocentrique – des savoirs, réflexions sur le comparatisme et la comparabilité des cultures, études post-coloniales, histoire globale et « connectée » ; géocritique – sans négliger l’ensemble des approches traditionnelles qui sont au fondement de la germanistique (qu’elle soit « interculturelle » ou non) ;

Aires culturelles extra-européennes visées, dans leur relation à l’espace germanique : Moyen-Orient, Iran, Inde, Extrême-Orient ; Moyen-Orient, Afrique et Südsee pour les études sur les colonialités.

La réalisation de l’ensemble de ces projets s’appuiera sur plusieurs sites documentaires, mais très fortement sur les ressources présentes à la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg, qui recèle de nombreuses sources inexploitées, notamment pour toute la période du XIXème siècle.

AXE 3 : Interférences culturelles et réceptions mutuelles en Europe du Nord

Responsables : Roberto Dagnino (MCF), Thomas Mohnike (PR)

Une possibilité de définir l’Europe du Nord depuis l’Humanisme, c’était de décrire cet espace comme une région au nord des Alpes – et au-delà du limes romain. En effet, les historiens de cet espace des XVe et XVIe siècles, dans leur volonté de renouer avec l’Antiquité romaine à l’instar des intellectuels italiens de la Renaissance, étaient confrontés à la problématique que l’Empire romain ne s’étendait jamais aux aires géographiques qui les intéressaient ; par contre, celles-ci étaient décrites comme des contrées barbares par des auteurs romains. De ce constat, de nombreuses stratégies furent développées pour créer une contreantiquité – qui pourrait être décrite comme germanique, gothique, batave, scythique, nordique, etc. dans ses déclinaisons plus ou moins idéologisées en fonction des auteurs et leur ancrage intellectuel et social. Les imaginaires géographiques et culturels évoqués étaient souvent débattus et contradictoires, réunis uniquement par le désir de créer une histoire indépendante et à l’opposé de l’Europe méditerranéenne. Les chercheurs regroupés dans cet axe se proposent d’étudier divers phénomènes culturels et littéraires scandinaves, néerlandais et allemands dans cet espace, pour y étudier les interférences culturelles et réceptions mutuelles des textes et autres sources du Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui. Dans ce but, nous focalisons sur trois thématiques : 1) réécriture des mythes, mythisation de l’histoire, 2) les réécritures du christianisme et 3) les réécritures en langue allemande de sujets en langue romane.
Comme la notion de réécriture le suggère, il s’agit d’étudier les différentes adaptations productives des sujets et des mythèmes issus de contextes culturels multiples et pour des besoins culturels spécifiques qui se réfèrent souvent à des éléments similaires, issus d’un répertoire de mythèmes partagés, mais utilisés de façon divergente. À titre d’exemple, la vision d’une « germanité » qui dépasse les pays de langue allemande était souvent refusée par les intellectuels scandinaves qui, quant à eux, se revendiquaient d’un héritage gothique – ou bien cimbrique, lombard, etc. Toutefois, ils partageaient les sources et se lisaient mutuellement. C’est en raison de la complexité de ces échanges que nous utilisons ici les notions des interférences culturelles et réceptions mutuelles plutôt que celle de transfert culturel.

Dans ces réécritures néerlandaises, scandinaves et allemandes, des références à des textes et pratiques religieuses semblent être un élément à la fois propice et insuffisamment étudié pour l’époque postmédiévale. En effet, différentes formes de christianisme et la réception d’un paganisme germanique ou nordique étaient au centre des constructions des imaginaires historiques et culturels de ces régions, souvent mêlés et imbriqués.
L’axe collabore avec des collègues de l’Université de Strasbourg dans le cadre du Master interdisciplinaire études médiévales (Benoît Tock, Isabel Irribaren, Fanny Moghaddassi), des laboratoires Dynamiques européens (Maurice Carrez) et SAGE (Alexandre Kostka, Jean-Pascal Daloz), avec des collègues des universités francophones dans le cadre de l’association pour les études nordiques (etudes-nordiques.fr), surtout Harri Veivo (Caen), Sylvain Briens, Frédérique Harry (Paris-Sorbonne), mais aussi avec Kees Snook (Paris-Sorbonne) et Thomas Beaufils (Lille III), avec les universités EUCOR (Joachim Grage, Freiburg ; Jürg Glauser, Bâle), les universités de Berlin (Stefanie von Schnurbein, Lena Rohrbach), Greifswald (Joachim Schiedermair), Gand (Sophie Wennerscheid), Groningen (Petra Broomans), Amsterdam (Kim Simonsen, etc.), Aarhus (Lis Møller, Steen Bille Jørgensen), Trondheim (Giuliano Damico), Bergen (Jens-Eike Schnall), Södertörn (Claudia Lindén),  Uppsala (Paula Henrikson), Göteborg (Mats Malm, Gunilla Hermansson) et autres.
Les collègues associés à cet axe seront Peter Andersen (PR), Roberto Dagnino (MCF), Thomas Mohnike (MCF HDR) et leurs doctorants Marie-Barbara Starukhina (co-tutelle avec Joachim Grage, Freiburg), Emilie Savoya (en codirection avec Frédérique Toudoire, UHA), Laura Muller-Thomas (avec Anne Besson, Arras), Simon Théodore, Sotirios Kimon Mouzakis (avec Joachim Grage, Freiburg).

AXE 4 : Configurations et reconfigurations du partage entre nature et culture depuis le XVIIIe siècle »

Responsables : Aurélie Choné (MCF HDR) et Catherine Repussard (MCF HDR)

Les travaux de cet axe se situent dans la continuité de l’axe transversal du contrat quinquennal 2013-2017 « Conscience environnementale et alternatives écologiques dans les mondes germaniques et nordiques du XVIIIe siècle à nos jours » (responsables : Aurélie Choné et Marc Cluet), tout en adoptant des thématiques nouvelles et une approche globale axée sur les (re)configurations du partage entre nature et culture. Ils s’appuient sur les recherches déjà menées par plusieurs membres de l’équipe, notamment celles d’Aurélie Choné sur les humanités environnementales, l’écocritique, l’agriculture et l’écospiritualité, ceux de Barbara Lafond sur l’imaginaire des Alpes, ceux de Catherine Repussard sur l’écologie politique et les alternatives communautaires, ceux de Marc Cluet sur les pratiques de santé « naturistes », l’urbaphobie (et son corollaire, la ruraphilie), l’« amour des animaux » et la « dignification du minéral », sans oublier les travaux menés conjointement sur les mouvements de la réforme de la vie (Lebensreform) dans l’espace germanophone et ses résonances dans le monde actuel.

Le contexte est particulièrement favorable à cette dynamique de recherche, grâce à la participation de l’UR 1341 à un nouveau programme MISHA 2017-2018 intitulé « La rencontre homme-animal au croisement de la religion, de la culture et de la science. Généalogie et perspectives. » (porteurs : Aurélie Choné et Catherine Repussard) et à un Programme Formation-Recherche 2016-2018 du Centre Interdisciplinaire d’Études et de Recherches sur l’Allemagne (CIERA) sur la problématique « Circulations et renouvellement des savoirs sur la nature et l’environnement en France et en Allemagne : questionner les Humanités environnementales » (co-porteur : Aurélie Choné, membre associé : Catherine Repussard). Des partenariats anciens et plus récents sont établis avec d’autres équipes de l’Université de Strasbourg : laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (SAGE, UMR 7363), équipe de recherches sur le Christianisme Ancien et Médiéval (ERCAM), institut pluridisciplinaire Hubert Curien (UMR 7178 CNRS)… L’axe bénéficie également d’un réseau important de partenaires nationaux (Eric Baratay, Université de Lyon 3 ; Pierre-Olivier Dittmar, EHESS, Françoise Willmann, Université de Nancy…) et internationaux : Roland Borgards (Universität Würzburg), Gabriela Dürbeck (Universität Vechta), Evi Zemanek (Universität Freiburg), Dominik Perler (Humboldt Universität Berlin), Markus Wild (Universität Basel), Kate Rigby (Bath Spa University)… Cet axe s’insère enfin dans différents réseaux de recherche internationaux comme le DFG-Netzwerk « Ethik und Ästhetik in literarischen Repräsentationen ökologischer Transformationen » (2013-2017) et le « Transatlantic Research Network Environmental Humanities ».

Les collègues associés à cet axe sont : Philippe Alexandre (PR), David Chemeta (Doctorant, AM, agrégé), Aurélie Choné (MCF HDR, co-responsable de l’axe), Marc Cluet (PR émérite), Andreas Häcker (docteur, PRAG), Stefan Hecht (doctorant), Christine Maillard (PR), Catherine Repussard (MCF HDR, co-responsable de l’axe), Maryse Staiber (PR), Aline Vennemann (docteur, PRAG), Annie Zdenek (docteur, professeur certifié). L’axe est ouvert à tout collègue souhaitant y participer, même ponctuellement.

Corpus : œuvres littéraires, essais, œuvres de sciences humaines, supports visuels (romans graphiques, films animaliers, photographies…).

Approches privilégiées : études animales culturelles et littéraires (cultural and literary animal studies), human- animal-studies, humanités environnementales, écocritique (postcoloniale), post-humanisme, histoire culturelle, études visuelles.

Présentation générale

Les travaux de cet axe se situent dans le sillage de nombreuses études récentes (Philippe Descola, Frans de Waal, Dominique Lestel…) qui tendent à remettre en question le « grand partage » entre nature et culture issu de la pensée occidentale, Donna Haraway évoquant même une natureculture. Il rejoint les questions soulevées par les humanités environnementales qui, au lieu d’opposer nature et culture, fondent leur approche sur des ontologies interconnectées, à savoir un ensemble de réseaux associant les humains et les non-humains. Il semble qu’actuellement un véritable changement de paradigme se fasse jour. Certains y voient un « post-humanisme » et abordent la culture à partir du non-humain, qu’il soit machine, animal, plante ou encore minéral. D’aucuns parlent déjà d’un nonhuman turn (Richard Grusin) – ce «retour du non humain» entraînant non seulement la reconsidération du non-organique (pensons à la minéralité mais aussi à la robotique et aux nouvelles technologies), mais aussi l’intégration du « vivant » dans son ensemble. Dans ce cadre, les notions d’« humanités », de « sciences humaines » ou de « sciences de l’homme » sont remises en question car elles ne semblent pas (encore) prendre en compte l’intrication entre l’humain et les acteurs non-humains, ni la complexité des réseaux au sein desquels ils évoluent. On parle à ce sujet de « co-évolution » et de co-agency, concepts qui se situent au centre de notre réflexion. Cet axe cherche à orienter la germanistique (française) vers ces pistes de recherche davantage développées dans les pays anglo-saxons, également en Allemagne, en proposant de (re)lire des corpus germanophones ou de porter un nouveau regard sur l’histoire culturelle des pays de langue allemande dans la perspective d’un dépassement du « grand partage » entre nature et culture.

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